Droit au travail

De Le modèle M3M
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Les diverses perceptions du travail

Le travail est une composante omniprésente de la sociételle. Ce mot abrite des perceptions assez diverses, et alimente de terribles malentendus de société. Ces perceptions sont ici comparées, et la légitimité de ces perceptions est testée. Que représente le travail pour V, W, X, Y et Z ? Des choses si différentes !

Le travail, un droit

Le citoyen (ou la citoyenne) V désire vivre confortablement et profiter des bienfaits que propose la civilisation. Pour obtenir maison, voiture, télévision, téléphones et accessoires divers, il lui faut de l'argent. Pour obtenir de l'argent, il lui faut en gagner, et pour le gagner, le moyen le plus simple - et le plus honnête - est de vendre son travail pour obtenir le revenu de ce travail. Le citoyen V est capable de travailler, et désireux d'obtenir des revenus. Il a étudié un métier, et peut être davantage. Le citoyen V considère qu'il a le droit de travailler, et d'en tirer les conséquences souhaitées: revenus, biens, richesses...

Le travail, une obligation

La citoyenne (ou le citoyen) W désire profiter de la vie, mais pour diverses raisons cette jouissance est subordonnée à des contraintes de travail. Elle a des contraintes familiales, des contraintes de santé, des contraintes financières qui exigent un financement continu. La citoyenne W s'abstiendrait volontiers de travailler, elle préférerait d'autres activités, mais pour elle qui a les compétences suffisantes pour obtenir en emploi, le travail est devenu une contrainte, une obligation.

Le travail, un accomplissement social

Le citoyen (ou la citoyenne ) X dispose d'une grande liberté dans l'organisation de sa vie. Cependant il ne peut concevoir la vie sans se sentir intégré à un tissu social, et un travail régulier est le meilleur moyen d'obtenir cette intégration. Ce besoin d'intégration est ressenti d'autant plus fort qu'X se sent menacé d'exclusion, à cause de son apparence, de sa race, de sa langue,... Pour X, l'obtention d'un emploi est l'outil d'accomplissement social , la clé de l'intégration, et cet enjeu est aussi important qu'un revenu.

Le travail, un accomplissement personnel

La citoyenne (ou le citoyen) Y dispose elle aussi d'une grande liberté dans l'organisation de sa vie. Par ailleurs, indépendante par tempérament, solitaire de fait, Y se soucie peu d'intégration sociale. Par contre Y éprouve l'importance d'être accomplie, productive à ses propres yeux. Pour obtenir cette perception personnelle, Y a besoin d'exercer une activité, et cette activité peut prendre diverses formes. Y peut exercer une activité de nature artistique, dans une voie complètement personnelle. Ou bien Y peut exercer une activité productive, bénévole, probablement altruiste. Ou encore Y peut exercer un emploi classique capable de satisfaire son besoin d'accomplissement personnel.

Le travail rédempteur

Le travail offre à celui qui l'exerce l'image de l'effort, de l'endurance et parfois de la soumission. Dans la culture judéo-chrétienne, qui a baigné le citoyen Z, ces images sont associées au bien et à la vertu. Celui qui offre ces images bénéficie d'un a priori d'innocence, tandis qu'à l'inverse l'oisiveté est associée à la richesse non méritée, ou même à la suspicion d'opportunisme ou de malhonnêteté. Dans cette perception, l'oisiveté n'est acceptable que comme un don de Dieu, du roi et des puissants. Ou bien elle est un privilège de fait imposé aux faibles et envié par eux.

L'occidental aspire à la prospérité et au confort, mais il souhaite lier ces succès aux mérites, à l'effort et donc par excellence... au travail. C'est ce que ressent plus ou consciemment le citoyen Z, par lui-même, par héritage et par éducation.

Il serait utile de comprendre comment les civilisations orientales abordent ces notions. Il serait encore plus utile de comprendre comment ces notions ont pu germer dans des cultures primitives. Il semble inévitable que les primitifs aspirent à la survie, par conséquent à la sécurité, à la prospérité et au confort. Il semble plus délicat d'imaginer comment l'effort - le travail - on pu devenir des objectifs en soi... Certainement on peut imaginer que dans un groupe de primitifs ou chacun a son rôle, il est mal considéré par les autres de ne pas remplir sa part individuelle. Mais cela implique une saine répartition des efforts, mais pas l'attribution à tous et à chacun d'efforts maximaux.

Le travail sauve le travailleur des suspicions, il l'innocente.

Le travail, un outil pour un résultat

Pour v, W, X, Y et Z, le travail prend du sens par rapport au sujet, par rapport à celui qui exerce le travail. Pour eux, peu importe que le travail soit utile, efficient productif. Le droit, l'obligation et les accomplissements n'ont rien à voir avec l'objet du travail, le résultat produit.

Cependant, dans des civilisations plus rudimentaires que celle de la sociételle, la signification du travail devait être très différente. Avant tous les changements issus de le révolution industrielle, le travail obéissait à une nécessité individuelle ou collective , mais il s'agissait bien d'une nécessité de résultat.

Dans une collectivité primitive, divers besoins devaient être couverts en priorité. Il s'agissait des besoins biologiques de base des membres de la collectivité, et suivant la prospérité du groupe, des besoins biologiques variables de la collectivité. La satisfaction de ces besoins, l'objet du travail, étaient assurément plus important que le sujet du travail. De plus, le sujet, le travailleur, était reconnu comme un moyen d'atteindre le résultat, bien avant de devenir un sujet confronté à des obligations, des droits, des accomplissements...

Le travail au départ est donc le moyen d'obtenir un résultat. Et dans ce contexte initial, il est toujours préférable d'obtenir un résultat en y consacrant le moins possible d'énergie, le moins possible de temps, le moins possible de travailleurs.

La travail a donc une fonction très simple: c'est un outil pour obtenir un résultat.

Confrontation

Bien qu'aucune de ces perceptions ne puisse effacer les autres, il y a derrière elles des logiques plutôt contradictoires.

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Les entreprises et leurs gestionnaires, soucieuses de productivité et de rentabilité, voient plutôt le travail dans sa version objet. Il s'agit pour eux d'obtenir des résultats avec un coût minimisé, donc avec un nombre de travailleurs minimisé. Cette approche est cynique en un sens, mais elle est cohérente avec la signification primitive du travail, ainsi qu'avec le tropisme de rentabilité de l'entreprise.

A l'opposé les discours tenus par les politiciens de la sociételle, et par les représentants des travailleurs soulignent la face opposée du travail, celle du travailleur: "sauver l'emploi" ou "créer des emplois" sont les formules magiques prodiguées aux travailleurs, tandis que la finalité du travail lui-même semble devenir pour eux un objectif indirect et secondaire. Il s'agit semble-t-il de faire travailler les HSC, quelle que soit l'utilité réelle du travail proposé.

Automatisation

L'automatisation, en dehors des technologies soulevées, est le moyen d'atteindre plus de résultats avec moins de travailleurs.

L'automatisation a donc été désirée par les entreprises, et déclarée inquiétante par tous ceux dont la préoccupation est de sauver l'emploi.

Mais au fond quels sont les besoins prioritaires de la collectivité du XXIème siècle

Besoins de la collectivité

La collectivité souhaite-t-elle donner raison aux entreprises et donner la priorité à l'objet, au résultat ?

Ou bien souhaite-t-elle faire du travail en priorité le droit, l'obligation, le moyen d'accomplissement que soulignent les politiciens ?

Altruisme et égoïsme

Derrière les différentes visions du travail discutées plus haut se dessinent deux visions opposées du travail.

  • Le travail considéré du point de vue du sujet l'exerçant. Le travail sert le sujet, lui donne son sens et son statut, indépendamment de son utilité. C'est une perception intrinsèquement subjective égoïste. "Egoïste" est exagéré; mieux vaut dire "teinté d'égoïsme".
  • Le travail exercé du point de vue du but à atteindre. Le travail sert l'objet, lui permet d'exister, de devenir, de guérir. C'est une perception intrinsèquement objective et altruiste. "Altruiste" est exagéré; mieux vaut dire ...

Paradoxalement, il semble bien que la marche de la civilisation ait poussé le travail de sa conception objective à sa conception subjective. Les modèles de société plus complexes, plus vastes, plus spécialisées ont petit à petit caché l'objectif collectif et la collectivité pour souligner l'individu et l'objectif personnel.

La voie du travail minimal

Pour trancher cette question, il vaut mieux prendre un peu de recul, considérer la collectivité comme un ensemble vaste mais fermé, et raisonner au bénéfice des besoins de la collectivité en même temps que de ceux des individus.

  • Le but primitif et ultime du travail est son résultat
  • En tant que droit, le travail sert à fournir des revenus aux travailleurs. Mais si les travailleurs ne travaillent plus, mais que le travail nécessaire à la collectivité est fait dans sa globalité, alors il n'y pas de raison de priver les ex-travailleurs de revenus équivalents.
  • A fortiori, en tant qu'obligation, le travail doit reculer et disparaître si des moyens de production permettent cette orientation.
  • La collectivité peut donc choisir de viser la productivité optimale, et le travail minimal, pour autant que le partage des ressources globales de la collectivité mettent travailleurs et non-travailleurs dans une relation saine, où chacun dispose des ressources d'une manière cohérente. Pour cela la collectivité peut encourager des formes d'automatisation performantes.
  • Dans ce contexte, les entreprises (1) sont encouragées à automatiser (2) sont encouragées à réduire l'emploi, si elles peuvent maintenir la production, et (3) ont au sein de la collectivité un rôle modifié permettant à celle-ci une gestion saine des travailleurs et des non-travailleurs
  • L'accomplissement individuel et social doit alors s'appuyer sur des critères autres que le statut publié de travailleur. C'est un autre et vaste débat, mais la compétence, l'éducation, les valeurs humaines en général ne peuvent elles prendre dans la reconnaissance sociale une place aussi importante que la feuille de paie et la carte de visite de la sociételle ?

La démarche Modèle:XMOD et son cahier de charge s'appuient sur cette approche. C'est précisément le biotope du XXIème siècle qui permet et encourage cette voie, en même temps qu'il rend intenable la logique de défense de l'emploi, par que cet emploi est devenu superflu pour atteindre les objectifs de la collectivité. 

Dans son essence, le travail n'est pas un droit.

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