Travail, emploi et richesse : mythes à revoir ?

De Lillois Fractale Wiki
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Dans la république XXX, le président, confronté à une crise majeure de l'emploi, réunit d'urgence ses meilleurs experts. Ceux-ci planchent, mais n'atteignent pas les objectifs espérés. Vient alors l'expert de la dernière chance. Sentant la gravité de la situation, il s'avance:
- prenez quelques mesures particulièrement complexes et floues. Joignez-y une législation longue et incertaine, des mécanismes de récolte d'informations, des mécanismes de contrôle, quelques commissions et un institut les chapeautant...
- Dans quel secteur ? demande le président ?
- N'importe lequel: emploi, santé, droits quelconques, écologie, progrès social,... il vaut mieux que le plus de citoyens soient concernés...
Le président réfléchit...
- Sera-ce assez ?
- Mettez-y pas mal de cas particuliers, d'exceptions, de recours, de procédures diverses et ca devrait faire l'affaire...
- La crise est grave...
- Ajoutez des incertitudes sur des modalités d'application, des aménagement à négocier prochainement avec les organisations concernées... elle étofferont tout cela comme il faut, et nous y arriverons...
Le président réfléchit, pense à son week-end, aux élections, aux discours... il se détend.

Cet histoire un peu niaise est-elle si absurde ? Bien entendu aucun président et aucun expert n'a jamais explicitement raisonné de cette manière. Cependant, de manière plus ou moins inconsciente, un processus équivalent à celui de cette histoire se produit quotidiennement dans nos démocraties.

Le travail n'a plus pour but de produire des biens et des services. Le travail a dorénavant pour but d'offrir un emploi, et peu importe l'utilité effective des prestations qui en résultent. La phrase suivante est extraite d'un journal, mais on la retrouve mutatis mutandis dans tous les journaux, et se référant à toutes les couleurs politiques:

Il faut relancer la consommation et donner des moyens accrus aux entreprises, parce que stimuler les entreprises, c'est stimuler l'emploi, c'est donc stimuler le pouvoir d'achat et la consommation.

Malgré que ce genre de discours semble d'une puissante évidence, il est important de l'examiner et de le démonter pour en tester la validité. Nous allons montrer qu'il contient, sinon des aberrations, du moins des a priori obsolètes et contestables.

D'abord il est intéressant de voir quels sont les buts d'une société humaine.... Nous prenons ici pour postulat qu'une société humaine - et typiquement les démocraties modernes - s'efforce de donner à ses citoyens un niveau appréciable de confort, de propriété, de bien-être et de santé. Un second postulat plus délicat est que ce niveau de confort et de bien-être devrait être obtenu avec le moins de travail possible à fournir par les citoyens. Ce second postulat, le postulat du travail minimal, sera rediscuté plus loin, mais dans un premier temps, nous le considérons également comme acquis.

...

Mais il faut donc revenir au second postulat. De deux choses l'une. Ou bien il est adopté par les formes de pouvoir en place, et dans ce cas il faut reconsidérer la logique liant emploi et travail en accord avec ce qui précède. Ou bien il est déclaré faux, et un pouvoir en place considère alors implicitement qu'un travail important imposé à tous est une composante d'une société sainement contrôlée, probablement parce que les individus non soumis au travail seraient également moins soumis au pouvoir. Mais alors, de deux choses l'une en effet: ou bien la 'démocratie' est au service du citoyen, ou bien elle est au service d'un pouvoir opposé au citoyen.

En fin de compte, les dérives de la démocratie dans son appréciation du travail ne sont vraisemblablement pas le fait d'un pouvoir machiavéliquement organisé, mais plutôt d'une logique ou d'une culture qui donne au travail une place obsolète, héritée d'un temps où la productivité accessible était plus basse. N'est-il pas temps alors d'accepter un changement culturel qui permette une redéfinition du travail, de repenser un modèle de société global sur des bases plus contemporaines ? Mais ceci est une autre, une plus longue histoire: celle, notamment du modèle M3M...


Janvier 2009.
Philippe Gonze.
Les remarques et commentaires du lecteur sont les bienvenus à mailto:M3M@matscape.com

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